Les photographies de Damián Siqueiros illustrent ses préoccupations récurrentes autour de la construction identitaire. Tant par les éléments représentés que par la technique utilisée, fond et forme se tissent en une trame de réflexion continue et ouverte aux remises en question des fondements de notre propre représentation de soi et du monde, de ce que l’on croit vrai et essentiel. Chaque image est la mise en forme esthétisée d’une tension à la fois intime et sociétale.

La création de ses images l’amène à faire un travail pluridisciplinaire : il devient maquilleur, scénographe, metteur en scène, photographe, et éditeur numérique. Il s’agit d’abord, dans la pré-production de « construire » le personnage, où les choix de costume et de maquillage sont fondamentaux. Puis, la prise en photo – en studio ou au lieu même – avant de passer au long processus de postproduction où l’image peut être corrigée mais surtout enrichie.

La constitution du genre sexué est une constante de son œuvre qui se démarque tout particulièrement dans ses séries La vie comme une performance, Sacred Performances: A couple of rules, et Les Heroïdes. Dans le dernières décenies la définition de l’identité par rapport au sexe de l’individu a été complexifiée grâce à l’évolution des théories féministes et queer, tout particulièrement autour de la proposition de Judith Butler positionnant le ‘genre’ ou identité sexuée comme une performance. Ces notions prennent forme dans les idées préconçues qui entourent la masculinité et la virilité qui s’oppose (ou non) à la féminité « autre ».

Son travail peut alors être lu comme une allégorie de la performativité de l’identité. C’est une tentative de représentation de ce qui ne se voit pas, une manière imagée de dire l’incongruité de la conception unitaire et immuable de l’être humain. L’allégorie semble être un terme approprié pour qualifier les œuvres de Siqueiros puisqu’elle est étroitement liée à la peinture classique, tout comme le rendu de type photo-peinture des images le suggère.

Les différents niveaux de rapport au réel qui unissent et désunissent la peinture et la photographie depuis son invention sont un outil d’esthétisation pour Siqueiros, mais aussi un moyen de mettre en relief la surface de l’image en lui inculquant une trame qui fait écho à la matérialité de la toile ou du papier sur laquelle l’image est imprimée. Cette emphase ajoutée à la surface accentue encore un peu plus la demande de prise de conscience de la pellicule de surface de l’identité, l’apparence qu’elle offre au regard de soi et des autres.

C’est à travers la poésie visuelle du dialogue entre les corps dans l’espace de l’image et le regardeur, un dialogue qui tourne autour de notre conception de soi, que Siqueiros nous demande d’opérer une révision de nos certitudes. Les photographies poussent à s’interroger sur notre identité ; comment les corps et l’histoire de leur représentation la définissent, comment les espaces régissent mes comportements et comment moi, regardeur, je m’identifie à tout ceci.

Extrait du texte Life as an Everyday Performance: Allégorie de la Performativité de Christelle Proulx.